Chez Les Mots qui manquent, la coopération n’est pas un mot-clé : c’est ce qui nous relie, vraiment

J’ai longtemps cru que “coopérer”, c’était une évidence : qu’on travaillait forcément mieux à plusieurs.

Mais ce n’est pas si simple.

Coopérer, c’est accepter de se frotter aux autres. C’est parfois inconfortable, souvent stimulant, et toujours plus riche que ce qu’on aurait fait seul.

Ce mot, on le voit partout : intelligence collective, co-création, co-construction… J’ai fini par me méfier de ces étiquettes. Parce que derrière, il n’y a pas toujours la réalité du terrain, du dialogue, du doute, du temps qu’on prend pour comprendre l’autre.

  • Pour moi, la coopération, la vraie, c’est une manière d’être avant d’être une méthode. C’est croire qu’on avance mieux quand on écoute, qu’on explique, qu’on partage. Et que l’intelligence ne se trouve pas en quelqu’un, mais entre les gens.
Atelier de réflexion sur l'agence Les mots qui manquent © Photos Fanny Laudicina

© Photos Fanny Laudicina

En équipe, la discussion fait partie du travail

À l’agence, on discute beaucoup. Parfois trop, diront certains.
Mais c’est là que tout commence. Les idées circulent, se contredisent, s’affinent, se retournent.

Un brief devient meilleur après un échange entre stratégie et graphisme ; un mot juste émerge d’un désaccord bien mené.

Je crois profondément que c’est dans ces moments-là que naît la qualité. Pas dans le consensus mou, mais dans la confrontation respectueuse.

Chez nous, la coopération, c’est ce qui rend le travail vivant : on n’empile pas des compétences, on tisse des regards.

Et quand il y a une tension, on en parle. Parce que c’est ça aussi, la bienveillance : pas le silence poli, mais la clarté et la confiance.

Je préfère une équipe qui débat à une équipe qui s’endort.

Avec les clients : penser avec, pas pour

Travailler avec un client, c’est un dialogue. Je n’ai jamais eu envie d’être cette agence qui “délivre” une vérité toute faite depuis sa tour d’ivoire.

  • J’aime quand on cherche ensemble, quand un client dit : « ce mot, je ne l’aurais pas choisi, mais il me ressemble ».

C’est là qu’on sait qu’on est dans le vrai.

La coopération, dans cette relation-là, c’est accepter que chacun ait sa part de savoir.
Le client connaît son terrain, ses contraintes, son public. Nous, on apporte une méthode, une distance, un regard. Et entre les deux, il se passe quelque chose : une circulation d’idées, de confiance, de sens. C’est ce “entre” que je trouve passionnant.

Le moment où on ne sait plus très bien de qui vient l’idée, mais où on sent qu’elle fait du bien à tout le monde.

Avec les partenaires : le plaisir de bien s’entendre

J’aime travailler avec des gens qu’on connaît, qu’on estime, qu’on admire un peu. Des photographes, vidéastes, développeurs, illustrateurs qui partagent notre goût du fond et de la précision.

On ne leur “confie” pas une mission : on leur ouvre la porte du projet.

Coopérer avec eux, c’est leur laisser la place d’inventer, de surprendre, de proposer.
C’est aussi leur dire merci, reconnaître leur regard, leur rôle.

C’est une forme d’amitié professionnelle, faite de respect et de confiance, qui rend tout plus fluide — et plus humain.

Une méthode, oui. Mais surtout une manière d’être.

Au fond, ce qu’on fait à l’agence n’est pas très compliqué : on met les mots au service des gens. Mais la façon dont on le fait, elle, demande une attention constante.

  • Coopérer, c’est prendre le temps. C’est écouter les nuances.
  • C’est oser dire “je ne sais pas”, ou “et si on essayait autrement ?”.
  • C’est du travail, et du lien. Et c’est peut-être ce mélange-là qui donne du sens à nos journées.

Alors oui, la coopération est devenue un mot à la mode.

Mais pour moi, elle garde un goût simple et essentiel : celui de l’intelligence partagée, des discussions qui nourrissent, des projets qu’on construit ensemble.

Et, au fond, de la joie de faire ce métier à plusieurs.

Laurence Hirsch, pour Les Mots qui manquent